Chez la personne âgée, une saturation en oxygène (SpO2) normale va de 95 à 100 %, et sa limite basse peut descendre vers 94 % après 70 ans. Sans maladie respiratoire suivie, une saturation sous 90 %, confirmée par une seconde mesure, fait appeler le 15.
À 93 ou 94 % pour la première fois, confirmé, on en parle à son médecin, le jour même si la personne est malade (fièvre, toux, fatigue inhabituelle ou essoufflement à l’effort).
De 90 à 92 %, on voit son médecin le jour même, sauf 92 % habituel après 70 ans ou consigne écrite du médecin en cas de maladie respiratoire suivie. Essoufflement au repos ou confusion qui apparaît : le 15, quel que soit le chiffre.
Saturation normale chez la personne âgée : la réponse
Une personne âgée en bonne santé affiche en général entre 95 et 100 % sur l’oxymètre, à peine moins qu’un adulte plus jeune. La saturation, c’est la part de l’hémoglobine du sang qui transporte de l’oxygène.
Les recommandations britanniques sur l’oxygène (British Thoracic Society, ou BTS, 2017) placent la normale de l’adulte jeune entre 96 et 98 %. Après 70 ans, elles la situent plutôt entre 94 et 98 %.
Elles ajoutent un cas à part : certaines personnes de plus de 70 ans, en état stable, vivent avec 92 à 94 %. Elles n’ont pas besoin d’oxygène tant qu’elles ne descendent pas sous leur niveau habituel.
Ce niveau habituel ne se devine pas : il se relève les jours où la personne va bien. C’est lui qui permet de lire un chiffre chez un senior.
Pourquoi la saturation baisse un peu avec l’âge
Avec les années, la pression d’oxygène dans le sang des artères (la PaO2) diminue. Une étude de référence sur des volontaires sains et non-fumeurs l’a retrouvé, comme la plupart des travaux avant elle.
Dans ces mesures, reprises par la BTS, la PaO2 moyenne passe de près de 100 mmHg entre 18 et 24 ans à 89 mmHg après 64 ans. La saturation moyenne du sang artériel, elle, passe seulement de 96,9 à 95,5 %.
Un second relevé, sur plus de 37 000 adultes hospitalisés en médecine et respirant l’air ambiant, va dans le même sens :
| Âge | Saturation médiane à l’oxymètre | La moitié des mesures entre |
|---|---|---|
| 18 à 24 ans | 98 % | 97 et 99 % |
| 25 à 34 ans | 98 % | 97 et 99 % |
| 35 à 44 ans | 98 % | 96 et 99 % |
| 45 à 54 ans | 97 % | 96 et 98 % |
| 55 à 64 ans | 97 % | 95 et 98 % |
| 65 ans et plus | 96 % | 95 et 98 % |
Ces chiffres viennent de malades hospitalisés, pas de seniors en pleine forme. La BTS le reconnaît : l’effet de l’âge se sépare mal de celui des maladies, plus fréquentes avec les années.
La baisse liée à l’âge reste modeste, de l’ordre d’un à deux points dans ces deux études. Tous les travaux ne la retrouvent d’ailleurs pas, précise la BTS.
Un chiffre qui baisse de plusieurs points par rapport à l’habitude ne s’explique donc pas par l’âge : on en parle à son médecin. S’il passe sous 93 %, on suit la grille ci-dessous.
90, 92, 94 % : lire le chiffre chez un senior
La grille ci-dessous se lit sur une personne éveillée, assise et au repos.
| SpO2 au repos, confirmée par une seconde mesure | Ce qu’on fait |
|---|---|
| 95 à 100 % | Rien de particulier |
| 93 à 94 % | On en parle à son médecin ; le jour même si la personne est malade (fièvre, toux, fatigue inhabituelle ou essoufflement à l’effort) |
| 90 à 92 % | On consulte vite : son médecin le jour même, le 15 s’il est injoignable ou si un signe de la liste du 15, plus bas, s’ajoute |
| 85 à 89 % | On appelle le 15 |
| moins de 85 % | On appelle le 15 |
| Exception : BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive, une maladie chronique des bronches et des poumons) ou autre maladie respiratoire suivie, avec une cible fixée par le médecin | On suit les consignes écrites du médecin, et le 15 sous son seuil d’alerte ou en cas de signe de la liste du 15, plus bas |
| Exception : après 70 ans, 92 à 94 % stables, c’est-à-dire déjà relevés à ce niveau les jours où la personne va bien | On surveille l’écart avec ses valeurs habituelles. Si le chiffre passe sous ce niveau habituel, ou s’il est relevé pour la première fois, on suit les lignes ci-dessus |
Le seuil de 90 % pour le 15 vient d’une consigne de la Haute Autorité de santé, écrite pour les malades du Covid soignés sous oxygène à domicile. C’est aussi celui des sociétés françaises de médecine d’urgence et de réanimation (SFMU et SRLF, 2025) pour parler d’insuffisance respiratoire aiguë.
La ligne des plus de 70 ans vient des recommandations britanniques. « Stables » veut dire déjà relevés à ce niveau les jours où la personne va bien, par son médecin ou par son entourage.
Un 92 % découvert pour la première fois suit la ligne 90 à 92 % : on voit son médecin le jour même.
Après 70 ans, un 93 ou 94 % peut être normal. Seul le médecin peut le confirmer, d’où la consigne de lui en parler la première fois, le jour même si la personne est malade.
Un exemple : 93 % et un pouls à 78
Votre père de 84 ans affiche 93 % et un pouls à 78, comme la semaine dernière et celle d’avant. S’il va bien, c’est l’exception des plus de 70 ans : on note le chiffre et on surveille l’écart.
Si ce 93 % apparaît pour la première fois, on en parle à son médecin, le jour même s’il est malade. S’il s’essouffle au repos, on appelle le 15, quel que soit le chiffre.
Saturation à 87, à 80 ou à 70 % : que faire ?
À 87 %, confirmé par une seconde mesure, on appelle le 15. Seule exception : une BPCO ou une autre maladie respiratoire pour laquelle le médecin a fixé par écrit un seuil d’alerte plus bas.
À 80 ou 70 %, si l’appareil est bien posé, c’est une urgence vitale : on appelle le 15 immédiatement. Plus la saturation reste basse longtemps, plus les organes risquent d’en souffrir.
À ces niveaux, l’oxymètre perd aussi en précision, surtout sous 80 %. On ne cherche donc pas un chiffre « mortel » : sous 90 %, confirmé, on appelle le 15 sans attendre, sauf consigne écrite du médecin.
BPCO, insuffisance cardiaque : la cible ne change pas toujours
Dans la BPCO, le médecin fixe souvent une cible plus basse. Sous oxygène, la Société de pneumologie de langue française (SPLF) vise 88 à 92 % chez les patients à risque d’hypercapnie.
L’hypercapnie, c’est un excès de gaz carbonique dans le sang. Chez ces personnes, trop d’oxygène peut aggraver les choses, d’où une cible volontairement plus basse.
Les recommandations britanniques visent la même plage de 88 à 92 %. Elles y rangent aussi l’obésité sévère, certaines maladies neuromusculaires et les déformations importantes du thorax.
Au quotidien, c’est le pneumologue qui donne la cible et le seuil d’alerte, idéalement par écrit.
L’insuffisance cardiaque, elle, n’abaisse pas la cible à elle seule. Lors d’une poussée aiguë, les recommandations britanniques visent 94 à 98 %, ou 88 à 92 % si un risque d’hypercapnie s’y ajoute.
Pourquoi mettre une personne âgée sous oxygène ?
L’oxygène à domicile au long cours se prescrit quand la PaO2 reste basse au repos, mesurée par une prise de sang dans l’artère (les gaz du sang). En France, la saturation seule ne suffit pas à le décider.
Dans la BPCO, la SPLF le retient sous 55 mmHg, ou entre 55 et 60 mmHg avec des signes de retentissement. Les gaz du sang se font au repos, hors poussée, deux fois à au moins deux semaines d’intervalle.
Bien mesurer chez une personne âgée (mains froides, tremblements)
La mesure peut s’écarter de 1 à 4 points de la saturation réelle, selon les sources. Chez un senior, plusieurs pièges s’additionnent :
- des doigts froids ou une mauvaise circulation, qui affaiblissent le signal ;
- les mouvements de la main, tremblements compris ;
- le vernis, surtout foncé, et les faux ongles ;
- une peau foncée, avec laquelle l’appareil surestime le plus souvent la saturation, surtout quand elle est très basse.
La bonne méthode tient en quelques gestes :
- on fait asseoir la personne, immobile ;
- on réchauffe sa main, qu’on garde détendue et posée plus bas que le cœur ;
- on choisit un doigt sans vernis ni faux ongle ;
- on attend que le chiffre ne bouge plus, puis on le note avec la date et l’heure.
Si le chiffre paraît aberrant alors que la personne va bien, on vérifie la pose et on remesure sur un autre doigt. S’il se confirme, on suit la grille.
La nuit, la saturation baisse brièvement chez tout le monde. D’après la BTS, le creux moyen tombe à 90,4 % chez des personnes en bonne santé, à tout âge.
Un chiffre relevé pendant le sommeil ne se lit donc pas avec la grille. Pour choisir un appareil à l’écran bien lisible, notre sélection d’oxymètres pour senior retient les modèles à grand affichage, et notre comparatif des oxymètres de pouls les passe tous en revue.
Relever la valeur habituelle de son proche
L’exception des plus de 70 ans ne sert que si l’on connaît le chiffre habituel. On mesure donc plusieurs jours où la personne va bien, assise, à la même heure, et on note chaque résultat.
On montre ces relevés au médecin. C’est lui qui dit si votre proche fait partie de ceux qui vivent à 92 à 94 %.
Quand appeler le médecin ou le 15
Les symptômes comptent plus que le chiffre : un essoufflement au repos fait appeler le 15, même avec une saturation correcte.
Chez une personne âgée, une infection des poumons se montre souvent de façon trompeuse. Fatigue, confusion, chutes, perte d’appétit ou d’autonomie passent alors avant la toux et la fièvre.
Chez elle, la fièvre peut aussi rester basse. On parle déjà de fièvre quand plusieurs mesures en bouche dépassent 37,2 °C, ou quand la température monte de plus de 1,1 °C au-dessus de l’habituelle.
Avec une toux, cette fièvre fait voir son médecin dans la journée, et une confusion qui apparaît fait appeler le 15 (liste ci-dessous).
Pour suivre la fièvre, notre comparatif des thermomètres médicaux aide à choisir un modèle.
On appelle le 15 sans attendre si :
- la SpO2 reste sous 90 % à deux mesures successives (en cas de BPCO : sous le seuil d’alerte fixé par son médecin) ;
- un essoufflement apparaît au repos, même avec une saturation correcte ;
- la personne n’arrive plus à finir une phrase courte à cause de l’essoufflement ;
- les lèvres ou le visage bleuissent, ou une confusion apparaît ;
- une douleur ou une oppression dans la poitrine s’installe ;
- la personne devient très somnolente, s’agite, fait un malaise ou ne réagit plus quand on lui parle.
Au téléphone, on donne au régulateur le chiffre lu sur l’oxymètre.
On consulte vite, ou on en parle à son médecin, si :
- la SpO2 se situe entre 90 et 92 % au repos, sauf 92 % habituel après 70 ans : médecin le jour même, ou 15 s’il est injoignable ;
- elle se situe à 93 ou 94 % pour la première fois, ou baisse de plusieurs points sous ses valeurs habituelles en restant à 93 % ou plus. On en parle alors à son médecin, le jour même si la personne est malade.
Notre page sur la conduite à tenir face à une saturation basse reprend ces paliers pour tous les adultes. L’article sur l’hypoxémie et ses seuils de saturation explique d’où ils viennent.
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.



