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Alcool et tension artérielle : ce que change un verre

Alcool et tension artérielle : ce que change un verre

Tension et alcool : bu régulièrement, l’alcool fait monter la tension, et il n’existe pas de dose sans effet. Juste après deux ou trois verres, elle baisse souvent quelques heures, puis remonte au-delà de son niveau de départ si on a beaucoup bu.

Dans une méta-analyse de 2023, le premier chiffre montait d’environ 1 mmHg (l’unité du tensiomètre) pour 12 g d’alcool par jour, un peu plus d’un verre. Il montait d’environ 5 mmHg pour 48 g par jour.

L’effet est réversible : chez ceux qui boivent plus de 24 g d’alcool par jour, soit deux verres et demi, réduire fait baisser la tension. Avec l’un des signes de la liste du 15, en fin de page, c’est le 15 ou le 112.

L’alcool fait-il monter la tension ? La réponse

Oui. Pour la Société française d’hypertension artérielle (SFHTA), la consommation d’alcool est un facteur de risque important d’hypertension, et un facteur de résistance aux médicaments contre la tension.

La méta-analyse de 2023 a suivi près de 20 000 adultes pendant plus de cinq ans en médiane. Elle ne trouve aucun seuil en dessous duquel l’alcool serait sans lien avec la hausse du premier chiffre.

Pourquoi l’alcool augmente-t-il la tension ? D’après la SFHTA, il semble stimuler le système nerveux qui accélère le cœur et resserre les vaisseaux, ainsi qu’un système hormonal qui règle la tension (rénine-angiotensine).

Un verre, plusieurs verres : l’effet dans les heures qui suivent

Une revue Cochrane de 2020 a rassemblé les essais qui mesurent la tension après une seule prise d’alcool. Voici l’effet sur le premier chiffre, face à une boisson sans alcool.

Quantité bue en une foisDans les 6 heuresDe 7 à 12 heures après13 heures après ou plus
Moins de 14 g (environ un verre)Pas d’effet sur la tension, pouls plus rapidePas de donnéePas de donnée
De 14 à 28 g (entre un et trois verres)Environ 6 mmHg de moinsPas d’effet mesuréPas d’effet mesuré
Plus de 30 g (trois verres et plus)Environ 3,5 mmHg de moinsEnviron 4 mmHg de moinsEnviron 4 mmHg de plus

C’est l’effet « en deux temps » : la tension baisse d’abord, puis remonte le lendemain après une forte dose. Après une forte dose, le pouls reste plus rapide à chaque moment mesuré.

Une soirée arrosée peut donc donner une tension plus basse le soir et plus haute le lendemain matin.

Alcool et tension basse : quel alcool fait baisser la tension ?

Aucun ne la fait baisser durablement : la baisse des premières heures s’efface, et la consommation régulière fait monter la tension.

Cette baisse des premières heures peut gêner quand la tête tourne déjà au lever, par chute de tension en se levant. Le Manuel MSD range l’alcool parmi les causes de cette chute, et conseille de le limiter ou de l’éviter.

Les gestes à faire pendant un malaise sont détaillés dans notre article sur la baisse de tension et ses symptômes.

À long terme : l’alcool et l’hypertension

Quel alcool est le plus nocif pour la tension ? C’est la quantité d’alcool pur qui compte, et un verre standard en contient environ 10 g, quelle que soit la boisson.

BoissonUn verre standard (environ 10 g d’alcool pur)
Bière à 5 %25 cl
Vin à 12 %, champagne10 cl
Vin cuit à 18 %7 cl
Whisky à 40 %3 cl
Pastis à 45 %2,5 cl

Ces doses sont celles des verres servis dans les bars. À la maison, chez des amis ou même au restaurant, prévient la SFHTA, un verre apporte souvent plus de 10 g.

Les grosses soirées, où l’on boit beaucoup en peu de temps, font aussi monter la tension, selon la Société française d’alcoologie. Le tabac s’y ajoute : chaque cigarette ajoute 10 à 20 mmHg pendant une demi-heure, selon la Fondation de recherche sur l’hypertension artérielle.

Les repères de consommation

Les repères de Santé publique France datent de 2017 et valent pour les hommes comme pour les femmes. C’est au plus 10 verres standard par semaine et 2 par jour, avec des jours sans alcool.

Après 65 ans, l’Assurance maladie conseille un verre par jour au plus quand on boit tous les jours.

Ce sont des repères « à moindre risque », pas des doses bonnes pour le cœur. La Société européenne de cardiologie (ESC) fixe en 2024 une limite d’environ 100 g d’alcool pur par semaine et préfère ne pas boire du tout, comme la SFHTA.

Quelles boissons boire quand on a de l’hypertension ?

Les boissons sans alcool, à commencer par l’eau. Attention à certains pastis, avec ou sans alcool : ils contiennent de la réglisse, qui fait aussi monter la tension.

La SFHTA relève jusqu’à 1 270 mg par litre de glycyrrhizine, la substance active de la réglisse, dans des pastis sans alcool. Notre article sur la réglisse et la tension détaille les doses, et celui sur le café et la pression artérielle fait le point des études.

Vin rouge : l’idée reçue

Le vin rouge ne protège pas la tension. Pour la SFHTA, le « French paradox », qui prêtait un bénéfice au vin rouge bu avec modération, est battu en brèche depuis 2023 dans les recommandations internationales.

Un essai espagnol de 2012 a comparé, chez 67 hommes à haut risque cardiovasculaire, quatre semaines de vin rouge, de vin rouge sans alcool et de gin. Avec alcool, la dose était de 30 g par jour, trois verres.

Seul le vin rouge sans alcool a fait baisser nettement les deux chiffres de la tension. Les auteurs y voient l’effet des polyphénols, des composés du raisin qu’il garde sans l’alcool.

Arrêter ou réduire : combien de mmHg on gagne

La réponse dépend de ce qu’on buvait avant, selon une méta-analyse de 36 essais parue en 2017 dans The Lancet Public Health. Ses verres contiennent 12 g d’alcool, un peu plus que le verre standard français.

  • deux verres de 12 g par jour ou moins : réduire n’a pas fait baisser la tension de façon nette dans ces essais ;
  • plus de deux verres par jour : plus on buvait, plus réduire faisait baisser la tension ;
  • six verres de 12 g par jour ou plus (environ 7 verres standard) : réduire de moitié a fait baisser les deux chiffres d’environ 5,5 et 4 mmHg.

Les essais duraient de une semaine à deux ans, quatre semaines en médiane. À un ou deux verres par jour, l’écart avec l’abstinence est d’environ 1 à 2 mmHg d’après la méta-analyse de 2023.

Arrêter quand on boit tous les jours

Quand on boit beaucoup et tous les jours, l’arrêt brutal peut provoquer un sevrage : sueurs, tremblements, anxiété, nausées, quelques heures après le dernier verre.

Si on ne boit pas tous les jours, ou sans jamais de signe de sevrage, on peut réduire ou arrêter progressivement, selon Alcool Info Service. Il conseille fortement de voir son médecin avant d’arrêter si un premier arrêt a été difficile ou avec une maladie.

Après un delirium tremens, une complication grave du sevrage, cet avis médical avant d’arrêter est indispensable. Alcool Info Service aide en plus, au 0 980 980 930, de 8 h à 2 h, sept jours sur sept, de façon anonyme.

Alcool et traitement de l’hypertension

L’alcool ajoute son effet à celui de certains médicaments de la tension : vertiges, évanouissements, somnolence, selon l’institut américain sur l’alcool (NIAAA). L’Assurance maladie conseille de lire la notice, et après 65 ans d’en parler à son médecin traitant.

La Haute Autorité de santé (HAS) range aussi la consommation excessive d’alcool parmi les facteurs d’une hypertension qui résiste au traitement. Si votre tension reste haute malgré les médicaments, parlez de votre consommation à votre médecin, sans changer votre traitement seul.

Mesurer l’effet sur votre propre tension

Le tensiomètre montre ce que change votre consommation sur vos propres chiffres. Voici une façon simple de comparer deux périodes, à montrer ensuite à son médecin.

  1. première série, avec vos habitudes : trois jours de suite, matin et soir, assis au calme 5 minutes, deux mesures à une minute d’intervalle ;
  2. le soir, on mesure avant le premier verre ;
  3. on note chaque jour ce qu’on a bu la veille et le jour même, en verres standard ;
  4. on réduit sa consommation pendant quatre semaines, la durée médiane des essais, sans arrêt brutal si on boit beaucoup tous les jours (voir plus haut) ;
  5. seconde série, dans les mêmes conditions, puis on compare les deux moyennes.

À deux verres par jour ou moins, l’écart risque d’être trop petit pour se voir sur le tensiomètre. Un tensiomètre connecté envoie les mesures vers une application, ce qui évite de tout recopier.

À la maison, l’hypertension commence à une moyenne de 135/85 ; au cabinet, c’est 140/90.

Combien de temps attendre après un verre pour mesurer sa tension ?

D’après la revue Cochrane, après deux verres environ, la tension reste plus basse jusqu’à 6 heures environ. Après trois verres ou plus, elle est faussée jusqu’au lendemain : plus basse jusqu’à 12 heures, plus haute ensuite.

Le plus simple : on prend la mesure du soir avant le premier verre, et on note sur le relevé les soirées à trois verres ou plus. La mesure du lendemain matin peut alors être plus haute.

Un 145/92 lu une seule fois, le lendemain d’une soirée arrosée et sans aucun symptôme, n’est pas une urgence. On lance une série de mesures à la maison, et c’est la moyenne qui décide.

Quand en parler à son médecin

Ces repères valent chez l’adulte, grossesse comprise (la grossesse a aussi sa propre ligne). Les lignes vont du plus urgent au moins urgent : le 15, le jour même, dès que possible, sans attendre le rendez-vous habituel, sans urgence.

Si plusieurs lignes vous concernent, on suit la plus urgente.

Votre situationCe qu’on fait
Un des signes de la liste ci-dessousOn appelle le 15 ou le 112, quel que soit le chiffre affiché
Premier chiffre à 180 ou plus, ou second à 110 ou plus, sur des mesures répétées, avec mal de tête inhabituel, nausées, vomissements, vue qui se brouille, essoufflement ou confusionOn appelle le 15 ou le 112
Premier chiffre à 180 ou plus, ou second à 110 ou plus, sur des mesures répétées, sans mal de tête inhabituel, nausées, vomissements, vue qui se brouille, essoufflement ni confusionOn ne reste pas seul avec ses chiffres : on appelle son médecin le jour même
Sueurs, tremblements des mains ou anxiété dans les heures ou les jours qui suivent l’arrêt de l’alcool, sans signe de la liste ci-dessousOn appelle son médecin le jour même
Une seule mesure à 180 ou plus pour le premier chiffre, ou à 110 ou plus pour le second, sans signe de la liste ci-dessousOn reste assis au calme quelques minutes et on remesure ; si le chiffre reste à ce niveau, on suit les deux lignes 180/110 ci-dessus
Évanouissement, même de quelques secondes, sans signe de la liste ci-dessousOn consulte son médecin dès que possible
Tête qui tourne au lever qui revient souvent, ou qui dure plusieurs minutes à chaque foisOn consulte son médecin dès que possible
Déjà traité pour l’hypertension, étourdissements ou malaises après avoir bu, sans signe de la liste ci-dessousOn consulte son médecin dès que possible, avec ses relevés, sans changer son traitement seul
Moyenne à la maison de 135 ou plus pour le premier chiffre, ou de 85 ou plus pour le second, en restant sous 180/110Rendez-vous chez son médecin avec ses relevés, sans attendre le prochain rendez-vous habituel
Mesures répétées de 130 ou plus pour le premier chiffre, ou de 80 ou plus pour le second, sous 135/85, avec un diabète, une maladie des reins, un antécédent d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral (AVC)Rendez-vous chez son médecin, sans urgence : dans ces cas, un traitement peut se discuter dès 130/80
Une seule mesure de 135 ou plus pour le premier chiffre, ou de 85 ou plus pour le second, sous 180/110, sans aucun symptômePas d’urgence : on lance une série de mesures à la maison
Antécédent de delirium tremens, premier arrêt difficile, ou maladie, avec envie d’arrêterOn voit son médecin avant d’arrêter ; après un delirium tremens, c’est indispensable. Alcool Info Service aide en plus
Envie d’arrêter quand on boit beaucoup tous les jours, ou avec des sueurs ou des tremblements quand on boit moinsOn en parle à son médecin avant d’arrêter ; Alcool Info Service (0 980 980 930) aide en plus
Sous 90/60 mmHg, avec vertiges, fatigue ou malaisesÀ montrer à son médecin, avec les mesures notées
Adulte, sous 90/60 mmHg (premier chiffre sous 90 ou second sous 60), sans aucun symptômeUne tension basse qui ne pose en général pas de souci, à signaler au prochain rendez-vous
Tête qui tourne au lever de temps en temps, qui passe en s’asseyantOn en parle à son médecin, sans urgence
Déjà traité pour l’hypertensionC’est la cible fixée par votre médecin qui compte, on lui montre ses relevés
Moyenne à la maison sous 135/85 et pas sous 90/60, sans traitement pour la tension, hors cas de la ligne du diabètePas d’hypertension : hygiène de vie, et au prochain rendez-vous habituel, le médecin évalue votre risque cardiovasculaire
EnceinteOn montre ses chiffres à la sage-femme ou au médecin qui suit la grossesse, qui a ses propres repères ; la liste du 15 vaut aussi

Pour un vertige au lever sans lien avec l’alcool, notre page vertiges et tension haute ou basse donne la conduite détaillée.

« Le jour même » : le soir, la nuit ou le week-end, on appelle le médecin de garde au 116 117, qui dit si cela peut attendre le matin.

Pendant la grossesse, l’Assurance maladie rappelle que l’option la plus sûre est de ne pas boire d’alcool du tout.

Les signes qui imposent d’appeler le 15

On appelle le 15 ou le 112, quel que soit le chiffre, si la personne :

  • ne reprend pas connaissance après quelques minutes, ne réagit pas quand on lui parle ou qu’on la touche ;
  • ne réagit pas et ne respire pas, ou respire de façon anormale (bruyante, par à-coups) : c’est un arrêt cardiaque. On commence tout de suite le massage cardiaque, le 15 guide les gestes au téléphone ;
  • s’est évanouie pendant ou juste après un effort, en position allongée, après des palpitations, ou a une maladie du cœur connue ;
  • s’est blessée en tombant, surtout à la tête ;
  • a un pouls irrégulier, très rapide ou qu’on ne sent plus ;
  • a arrêté de boire depuis quelques heures ou jours, avec hallucinations, idées délirantes, mal à se repérer, forts tremblements de tout le corps ou convulsions.

Même chose devant l’un des signes suivants, même s’il disparaît en quelques minutes :

  • un visage qui se déforme, une bouche tordue, un sourire asymétrique ;
  • un bras ou une jambe qui perd sa force ou s’engourdit, qu’on n’arrive plus à lever ;
  • une difficulté à parler, à trouver ses mots ou à les comprendre ;
  • une perte soudaine de l’équilibre ;
  • un trouble de la vue soudain, même passager : perte de la vue d’un œil ou vision double ;
  • un mal de tête intense, brutal et inhabituel ;
  • une douleur intense qui serre la poitrine, dure plus de cinq minutes et ne passe pas au repos ;
  • un essoufflement avec une sensation d’oppression, de manque d’air.

Dans le doute, on appelle quand même : c’est un médecin régulateur qui répond.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.

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