Systolique et diastolique : que veulent dire les deux chiffres de la tension
Quand on regarde l’écran d’un tensiomètre, deux nombres s’affichent. Le premier, en haut, c’est la pression systolique. Le second, en bas, la pression diastolique. On les exprime en mmHg, millimètres de mercure, et chacun raconte un moment précis du cycle cardiaque. 120/80, 135/85, 150/95 : ces deux chiffres ne disent pas la même chose, et les confondre mène à de mauvaises conclusions.
- La systolique (chiffre du haut) mesure la pression au moment où le coeur se contracte et éjecte le sang
- La diastolique (chiffre du bas) mesure la pression qui reste dans les artères entre deux battements
- Repère en consultation : en dessous de 120/70 mmHg, la pression n’est pas élevée. À partir de 140/90 mmHg, on parle d’hypertension (ESC 2024)
- Il suffit qu’un seul des deux chiffres franchisse un seuil pour que la mesure change de catégorie
- L’écart entre les deux, la pression pulsée, se situe normalement entre 40 et 60 mmHg
- Avant 50 ans, c’est plutôt la diastolique qui informe. Après 60 ans, c’est la systolique qui pèse le plus lourd
Systolique et diastolique : deux chiffres, deux temps du coeur
Le coeur fonctionne en deux temps. Il se contracte pour envoyer le sang dans les artères, puis il se relâche pour se remplir à nouveau. Un tensiomètre mesure la pression pendant ces deux moments, ce qui donne les deux chiffres affichés.
La pression systolique, le chiffre du haut
La pression systolique correspond au moment où le coeur se contracte et expulse le sang dans les artères. C’est le pic de pression du cycle, donc la valeur la plus haute. Chez un adulte au repos, elle tourne autour de 120 mmHg.
Elle reflète directement la force avec laquelle le coeur pousse le sang, et la résistance que les grosses artères lui opposent. Quand elle dépasse 140 mmHg de façon répétée en consultation, on entre dans le domaine de l’hypertension artérielle.
La pression diastolique, le chiffre du bas
La diastolique mesure la pression qui subsiste dans les artères pendant que le coeur se relâche et se remplit. Les artères, élastiques, restituent alors une partie de l’énergie emmagasinée pendant la contraction : c’est ce qui maintient un flux sanguin continu entre deux battements. La valeur normale se situe autour de 80 mmHg.
Une diastolique au-dessus de 90 mmHg traduit le plus souvent une résistance excessive dans les petites artères. Autrement dit, même au repos, le réseau reste sous tension. C’est un signal qui compte particulièrement avant 50 ans.
Le tableau de synthèse
| Systolique | Diastolique | |
|---|---|---|
| Position sur l’écran | Chiffre du haut | Chiffre du bas |
| Moment du cycle | Contraction du coeur | Relâchement entre deux battements |
| Ce qu’elle mesure | Force d’éjection et rigidité des grosses artères | Résistance des petites artères au repos |
| Valeur de référence chez l’adulte | Autour de 120 mmHg | Autour de 80 mmHg |
| Seuil d’hypertension en consultation | 140 mmHg | 90 mmHg |
| Abréviation sur l’appareil | SYS | DIA |
Les valeurs de référence, chiffre par chiffre
Les recommandations européennes ESC 2024 ont simplifié la lecture en trois catégories, et introduit un cran intermédiaire qui n’existait pas avant : la pression artérielle élevée. Elle ne signe pas une hypertension, elle justifie une surveillance et quelques ajustements d’hygiène de vie.
| Catégorie | Systolique (mmHg) | Diastolique (mmHg) |
|---|---|---|
| Pression artérielle non élevée | Moins de 120 | Moins de 70 |
| Pression artérielle élevée | 120 à 139 | 70 à 89 |
| Hypertension artérielle | 140 et plus | 90 et plus |
Classification ESC 2024, mesure en consultation.
C’est toujours le chiffre le plus défavorable qui classe la mesure. Quelqu’un à 155/82 mmHg est hypertendu, même avec une diastolique parfaitement normale. Quelqu’un à 128/94 mmHg l’est aussi, même avec une systolique en dessous de 130. Les deux valeurs sont lues séparément, jamais moyennées.
Et les grades 1, 2 et 3 ?
Beaucoup de médecins français, et la plupart des tensiomètres du marché, utilisent encore la classification européenne détaillée antérieure, avec ses grades. Elle n’a pas disparu de la pratique : elle sert à graduer la sévérité une fois le diagnostic posé.
| Catégorie | Systolique (mmHg) | Diastolique (mmHg) |
|---|---|---|
| Optimale | Moins de 120 | Moins de 80 |
| Normale | 120 à 129 | 80 à 84 |
| Normale haute | 130 à 139 | 85 à 89 |
| Hypertension grade 1 | 140 à 159 | 90 à 99 |
| Hypertension grade 2 | 160 à 179 | 100 à 109 |
| Hypertension grade 3 | 180 et plus | 110 et plus |
Classification ESH, toujours employée en pratique clinique et dans les indicateurs colorés des appareils.
Dernier point, et il déclenche beaucoup de fausses alertes : ces seuils valent pour une mesure en consultation. À domicile, la pression relevée est en moyenne plus basse chez tout le monde, et les seuils ont été abaissés en conséquence (135/85 mmHg pour l’hypertension en automesure). Le détail des équivalences entre cabinet, automesure et MAPA se trouve sur notre page dédiée à la tension artérielle.
Systolique ou diastolique : lequel compte le plus ?
Les deux, et c’est le plus défavorable des deux qui classe la mesure. Mais si la question porte sur le risque cardiovasculaire, la réponse dépend de l’âge.
Les données de la cohorte de Framingham ont montré un basculement progressif : chez l’adulte jeune, la diastolique est le meilleur prédicteur d’événement coronarien. Entre 50 et 59 ans, les deux se valent. Après 60 ans, la systolique devient le prédicteur dominant, et la diastolique perd sa valeur pronostique, au point de s’inverser dans certaines analyses.
| Âge | Chiffre le plus informatif | Pourquoi |
|---|---|---|
| Moins de 50 ans | Diastolique | Elle reflète la résistance des petites artères, qui monte tôt en cas de surpoids, de sel en excès ou de stress chronique |
| 50 à 59 ans | Les deux, à parts égales | Période de transition |
| 60 ans et plus | Systolique | La rigidité des grosses artères devient le facteur dominant |
Ce que ça ne veut pas dire : qu’on peut ignorer un chiffre passé un certain âge. Une diastolique à 100 mmHg à 70 ans reste une hypertension et se traite comme telle. Ce que ça veut dire, c’est qu’à 68 ans, une systolique à 165 mmHg mérite plus d’attention qu’une diastolique à 88 mmHg, même si le second chiffre paraît « presque limite ».
La pression pulsée : ce que dit l’écart entre les deux chiffres
La différence entre systolique et diastolique porte un nom : la pression pulsée, ou pression différentielle. Le calcul tient en une soustraction. Pour une tension de 130/80 mmHg : 130 moins 80, soit 50 mmHg.
| Pression pulsée | Lecture |
|---|---|
| Moins de 25 à 30 mmHg | Écart pincé, à signaler au médecin |
| 40 à 60 mmHg | Écart habituel chez l’adulte |
| Plus de 60 à 65 mmHg | Écart large, marqueur de rigidité artérielle |
Quand l’écart est large
Au-delà de 60 à 65 mmHg, la pression pulsée traduit une perte d’élasticité des grosses artères. Les artères souples amortissent l’onde de pression envoyée par le coeur ; quand elles se rigidifient, cet amortissement disparaît et la systolique s’envole pendant que la diastolique stagne ou baisse. C’est un marqueur de risque cardiovasculaire à part entière après 55 ans, indépendamment du niveau de tension lui-même. Les causes classiques : l’âge, une hypertension ancienne, le diabète, l’insuffisance rénale.
Quand l’écart est pincé
Le cas inverse est plus rare et moins connu. En dessous de 25 à 30 mmHg, on parle de tension pincée. Deux mécanismes possibles : soit la diastolique est anormalement haute avec une systolique normale, soit la systolique s’effondre, ce qui peut signaler une baisse du débit cardiaque. Chez une personne âgée ou déjà suivie pour un problème cardiaque, un écart qui se rétrécit d’une mesure à l’autre mérite un avis médical, surtout s’il s’accompagne de fatigue ou d’essoufflement.
Votre tensiomètre n’affiche pas cette valeur : il faut la calculer soi-même, ou la lire sur un relevé écrit.
Quand les deux chiffres ne vont pas dans le même sens
Un couple systolique / diastolique ne se lit pas comme un chiffre unique. Quatre profils existent, et ils n’ont ni les mêmes causes ni le même pronostic.
| Profil | Exemple | Chez qui | Ce que ça traduit |
|---|---|---|---|
| Les deux normaux | 118/76 | Tout âge | Rien à signaler |
| Les deux élevés | 152/96 | Adulte de 40 à 65 ans | Hypertension dite systolo-diastolique, la forme la plus classique |
| Systolique seule élevée | 162/72 | Après 60 ans, très majoritairement | Rigidité des grosses artères |
| Diastolique seule élevée | 132/96 | Avant 50 ans, très majoritairement | Résistance élevée des petites artères |
L’hypertension systolique isolée du senior
Après 60 ans, les artères perdent en souplesse. La systolique grimpe pendant que la diastolique stagne, voire redescend. Une tension à 160/70 mmHg est typique de ce profil, qui devient largement majoritaire chez les personnes âgées.
Le chiffre du bas rassurant ne compense rien. C’est même l’inverse : systolique haute et diastolique basse produisent une pression pulsée très large, donc le profil le moins favorable sur le plan du risque d’AVC et d’insuffisance cardiaque. Les recommandations européennes ne prévoient pas de seuil assoupli pour l’âge : l’hypertension commence à 140/90 mmHg à 35 ans comme à 75 ans. Ce qui s’adapte, c’est l’objectif que fixe le médecin à un patient déjà traité, plus prudent après 80 ans ou en cas de fragilité, pour éviter les chutes de tension au lever.
L’hypertension diastolique isolée de l’adulte jeune
Le profil inverse concerne surtout les moins de 50 ans : une diastolique au-dessus de 90 mmHg alors que la systolique reste sous 140. Les données françaises de la Fondation de recherche sur l’hypertension artérielle donnent une prévalence d’environ 5 % chez les 35 ans et plus, avec un gradient d’âge très marqué : 8,2 % entre 35 et 54 ans, 4,8 % entre 55 et 74 ans, 0,8 % après 75 ans.
Les causes habituelles se recoupent largement avec celles de l’hypertension classique : surpoids, sédentarité, excès de sel ou d’alcool, stress chronique, apnée du sommeil.
Faut-il s’en inquiéter ? Modérément. Une diastolique entre 80 et 90 mmHg avec une systolique normale n’augmente pas le risque de complications cardiovasculaires. Au-delà de 90, l’augmentation du risque existe mais reste légère, et la prise en charge repose d’abord sur l’hygiène de vie plutôt que sur un traitement immédiat. Ce qui compte, c’est de ne pas la laisser filer : chez l’adulte jeune, elle évolue souvent vers une hypertension des deux chiffres avec les années. Un suivi régulier à domicile suffit à la surveiller.
Comment lire ces deux chiffres sur un tensiomètre
La plupart des appareils affichent trois valeurs : SYS en haut (systolique), DIA en dessous (diastolique) et le pouls, souvent signalé par un pictogramme de coeur. Beaucoup de modèles ajoutent un indicateur coloré à côté de l’affichage, du vert au rouge. Ce code reprend la classification européenne ESH, pas les seuils de l’OMS : c’est un repère visuel utile, pas un diagnostic.
Pour que ces chiffres veuillent dire quelque chose, encore faut-il mesurer dans de bonnes conditions : assis depuis cinq minutes, dos calé, bras posé à hauteur du coeur, brassard adapté au tour de bras, sans avoir fumé ni bu de café dans l’heure. Le détail des gestes est dans notre guide sur comment prendre sa tension.
Et surtout, une mesure isolée ne vaut rien. Les recommandations ESC 2024 retiennent le protocole dit 2-2-3 : deux mesures le matin avant le petit-déjeuner, deux le soir avant le coucher, pendant trois jours consécutifs au minimum. On calcule ensuite la moyenne de l’ensemble, et c’est elle qu’on compare aux seuils. Si votre médecin vous a donné la règle des 3 (trois mesures matin et soir sur trois jours), suivez-la : elle reste valable, simplement plus lourde.
Pour décrypter un résultat précis du type 14/9 ou 16/8, on a détaillé chaque cas de figure dans notre guide sur comment lire un tensiomètre. Et si les valeurs relevées sont hautes de façon répétée, la marche à suivre est ici : tension élevée, que faire.
Côté matériel, la fiabilité de la lecture dépend surtout de deux choses : un appareil validé cliniquement et un brassard à la bonne taille. Nos tensiomètres de bras analysés et comparés permettent de repérer les modèles qui affichent clairement les deux valeurs, avec un écran lisible et une mémoire suffisante pour appliquer le protocole sur plusieurs jours.
Quand faut-il consulter ?
Prendre rendez-vous avec son médecin
- Une moyenne d’automesure au-dessus de 135/85 mmHg sur plusieurs jours
- Un seul des deux chiffres régulièrement au-dessus du seuil, même si l’autre est parfait
- Une pression pulsée qui dépasse durablement 65 mmHg, ou qui descend sous 30 mmHg
- Une diastolique au-dessus de 90 mmHg avant 50 ans, même isolée
Appeler le 15 sans attendre
Une tension très élevée ne constitue pas en soi une urgence. Ce qui la transforme en urgence, ce sont les signes associés :
- Douleur dans la poitrine, essoufflement brutal
- Trouble de la parole, faiblesse d’un côté du corps, déformation du visage
- Maux de tête violents et inhabituels, troubles de la vision, confusion
Devant l’un de ces signes accompagnant une tension au-dessus de 180/110 mmHg, on appelle le 15. Sans aucun symptôme, on reste au calme, on refait une mesure après quelques minutes de repos et on contacte son médecin dans la journée.
Questions fréquentes sur la systolique et la diastolique
Quel est le chiffre le plus important, la systolique ou la diastolique ?
Les deux comptent, et c’est le plus défavorable des deux qui détermine la catégorie. Sur le plan du risque cardiovasculaire, l’âge tranche : avant 50 ans, la diastolique est le meilleur indicateur ; après 60 ans, c’est la systolique, parce que la rigidité artérielle devient le mécanisme dominant. Entre les deux, les deux valeurs se valent.
Quel écart normal entre systolique et diastolique ?
L’écart, appelé pression pulsée, se situe habituellement entre 40 et 60 mmHg chez l’adulte. Pour une tension de 130/80, il est de 50 mmHg. Au-delà de 60 à 65 mmHg, il traduit une rigidité des grosses artères et devient un marqueur de risque après 55 ans. En dessous de 25 à 30 mmHg, on parle de tension pincée, à signaler au médecin.
Que veut dire une tension de 14/9 ?
14/9 correspond à 140/90 mmHg : les deux chiffres atteignent exactement le seuil d’hypertension en consultation. Un relevé unique ne suffit pas à poser un diagnostic. Il faut confirmer par une automesure sur plusieurs jours, dont le seuil est plus bas (135/85 mmHg), puis en parler à son médecin si la moyenne reste au-dessus.
Est-ce grave d'avoir une systolique haute et une diastolique normale ?
C’est le profil classique après 60 ans, appelé hypertension systolique isolée. Le chiffre du bas rassurant ne compense rien : l’écart important entre les deux valeurs signale des artères rigidifiées, et le risque d’AVC et d’insuffisance cardiaque suit la systolique. Une tension à 165/75 mmHg se prend au sérieux exactement comme une tension à 165/95.
Une diastolique élevée toute seule, c'est inquiétant ?
Modérément. Elle concerne surtout les moins de 50 ans et environ 5 % des adultes de 35 ans et plus en France. Entre 80 et 90 mmHg avec une systolique normale, le risque de complications n’est pas augmenté. Au-dessus de 90, l’augmentation existe mais reste légère, et la prise en charge commence par l’hygiène de vie. Le vrai enjeu est de ne pas la laisser évoluer.
Comment calculer sa pression pulsée ?
On soustrait la diastolique de la systolique. Pour 148/86 mmHg : 148 moins 86, soit 62 mmHg. Aucun tensiomètre grand public ne l’affiche, il faut la calculer soi-même à partir des deux valeurs relevées. La calculer sur la moyenne de plusieurs mesures est plus fiable que sur une mesure isolée.
La tension peut-elle être basse sur un chiffre et normale sur l'autre ?
Oui, et c’est fréquent en cas d’hypotension. Une tension à 118/52 mmHg, par exemple, associe une systolique correcte à une diastolique basse. Sans symptôme (vertiges, fatigue, malaise au lever), cela n’a le plus souvent aucune conséquence. Notre page sur l’hypotension détaille les cas où cela justifie un avis médical.
Page mise à jour en septembre 2026.
Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. Consultez votre médecin pour tout diagnostic ou traitement.