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Hypertension et grossesse : risques et surveillance

Les 4 types d’hypertension pendant la grossesse

La tension artérielle est surveillée à chaque consultation prénatale. Et pour cause : l’hypertension complique 5 à 10 % des grossesses et reste l’une des premières causes de mortalité maternelle en France. On distingue quatre situations, chacune avec ses propres enjeux :

L’essentiel
  • 5-10 % des grossesses sont compliquées par l’hypertension
  • 4 types : HTA chronique, gestationnelle, prééclampsie, éclampsie
  • Prééclampsie (2-3 % des grossesses) = HTA + protéinurie après 20 SA, potentiellement grave
  • Aspirine faible dose avant 16 SA réduit le risque de prééclampsie de 60 %
  • Seul traitement curatif de la prééclampsie : l’accouchement
TypeQuand ?Définition
HTA chroniqueConnue avant la grossesse ou avant 20 SAPA ≥ 140/90 mmHg préexistante
HTA gestationnelleAprès 20 SA, sans protéinuriePA ≥ 140/90 mmHg, apparue pendant la grossesse
PrééclampsieAprès 20 SA, avec protéinurie ou atteinte d’organeHTA + protéinurie ≥ 0,3 g/24h (ou ratio protéine/créatinine ≥ 30 mg/mmol)
ÉclampsieFin de grossesse ou post-partumCrises convulsives sur fond de prééclampsie

La prééclampsie est la plus redoutée. Elle peut survenir chez une femme sans antécédent, parfois en quelques jours.

Prééclampsie : la complication à connaître

Environ 2 à 3 % des grossesses en France. Le placenta s’implante mal, les artères spiralées utérines ne se remodèlent pas correctement, et le placenta libère dans le sang maternel des facteurs (sFlt-1 notamment) qui agressent l’endothélium vasculaire. Le résultat : vasoconstriction, hypertension, fuite de protéines dans les urines, et potentiellement des atteintes du foie, des reins, du cerveau.

On la classe en deux formes :

  • Prééclampsie précoce (avant 34 SA) : souvent plus sévère, liée à un défaut profond de placentation. Le ratio sFlt-1/PlGF est un marqueur biologique qui aide au diagnostic.
  • Prééclampsie tardive (après 34 SA) : plus fréquente, souvent liée aux facteurs de risque maternels (obésité, âge, HTA chronique).

Facteurs de risque

Certains profils sont plus exposés. La liste n’est pas exhaustive, mais ces facteurs reviennent systématiquement dans les recommandations du CNGOF et de l’OMS :

  • Première grossesse (le risque diminue pour les suivantes avec le même partenaire)
  • Antécédent personnel de prééclampsie (risque multiplié par 7)
  • HTA chronique
  • Obésité (IMC > 30)
  • Âge maternel supérieur à 40 ans
  • Grossesse multiple
  • Diabète préexistant
  • Maladies auto-immunes (lupus, syndrome des antiphospholipides)
  • Intervalle long entre deux grossesses (> 10 ans)

En prévention, l’aspirine à faible dose (75 à 160 mg/jour, débutée avant 16 SA) réduit le risque de prééclampsie de 60 % chez les patientes à haut risque. C’est l’une des rares mesures préventives dont l’efficacité est solidement démontrée.

Les symptômes d’alerte

La prééclampsie peut être silencieuse. D’où l’importance de la mesure régulière de la tension artérielle et de la recherche de protéinurie à chaque consultation. Mais certains signes doivent amener à consulter en urgence :

  • Maux de tête violents, résistants au paracétamol
  • Troubles visuels (mouches volantes, éclairs lumineux, vision floue)
  • Douleur en barre au creux de l’estomac (barre épigastrique, signe d’atteinte hépatique)
  • Œdèmes brutaux du visage et des mains
  • Prise de poids rapide (> 1 kg par semaine)
  • Diminution des mouvements du bébé

L’éclampsie (convulsions) et le HELLP syndrome (hémolyse, cytolyse hépatique, thrombopénie) sont les deux urgences vitales. Le HELLP touche 0,5 à 0,9 % des grossesses et peut survenir sans hypertension sévère préalable.

Surveillance et prise en charge

L’HTA gestationnelle modérée (140-159/90-109 mmHg) se surveille en ambulatoire : automesure tensionnelle, protéinurie à la bandelette, bilan sanguin régulier. Pour la surveillance à domicile, un tensiomètre au bras validé est recommandé (les modèles de poignet sont moins fiables pendant la grossesse en raison des œdèmes).

Le traitement médicamenteux est indiqué quand la PA dépasse 140/90 mmHg de façon persistante. Les molécules autorisées pendant la grossesse sont limitées :

  • Labétalol : premier choix en France
  • Nicardipine (Loxen) : en IV à la maternité pour les poussées hypertensives sévères
  • Alpha-méthyldopa (Aldomet) : le plus ancien, toujours utilisé

Les IEC et les ARA II sont formellement contre-indiqués (toxicité rénale fœtale). Un piège classique : les femmes sous IEC pour une HTA chronique doivent les arrêter dès le projet de grossesse.

Le seul traitement curatif de la prééclampsie reste l’accouchement. La décision dépend de la sévérité et du terme : on essaie de gagner du temps pour la maturation pulmonaire fœtale (corticoïdes avant 34 SA), mais si la mère ou le bébé est en danger, on n’attend pas. Le sulfate de magnésium IV est le traitement de référence pour prévenir l’éclampsie en cas de prééclampsie sévère.

Et après l’accouchement ?

L’HTA gestationnelle et la prééclampsie se résolvent en général dans les 6 à 12 semaines après l’accouchement. Mais elles laissent des traces. Les femmes ayant eu une prééclampsie ont un risque cardiovasculaire doublé à long terme : hypertension chronique, AVC, maladie coronarienne. Un suivi cardiologique et un contrôle des facteurs de risque (poids, activité physique, tension) sont recommandés au-delà du post-partum.

Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical. Si vous êtes enceinte et que votre tension dépasse 140/90 mmHg, ou si vous présentez l’un des symptômes d’alerte décrits ci-dessus, contactez votre sage-femme ou votre gynécologue sans attendre.

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